12 ÈME PAULÉE D’ANJOU
Cabernet, mon amour !
Comme chaque année depuis le début de l’aventure en 2012, les
vignerons de la Paulée d’Anjou organisaient le 17 juin leurs rencontres
annuelles : dégustations, ateliers thématiques, masterclass et
conférences pour échanger et partager autour des différents terroirs de
l’Anjou. Depuis deux ans, et grâce à notre amitié avec Armand de Tilly
que nous remercions chaleureusement, nous sommes invités à y participer
et c’est un grand honneur.
Initialement cantonnée aux
terroirs de schistes de l’Anjou Noir, cette initiative s’est
progressivement élargie aux terroirs de l’Anjou Blanc (Saumurois) en
2019, puis aux vignobles de
Saint-Nicolas de
Bourgueil et de Bourgueil en 2021. C’est d’ailleurs cette dernière qui
accueillait cette année l’édition.
Bourgueil, en Anjou ? me
direz-vous. Telle est la loi du terroir, la plus importante à nos yeux
et aux yeux des vignerons et chercheurs. Ce thème était d’ailleurs celui
de la première conférence à laquelle nous avons assisté et au cours de
laquelle Martine Hubert-Pellier (historienne et géographe), cartes,
tracés géologiques et textes historiques à l’appui, démontrait que
Bourgueil et Saint-Nicolas de Bourgueil faisait bien partie de l’Anjou
et notamment par rapport au lit de la Loire et à sa continuité
géologique d’Angers à la confluence Loire/Vienne.
Cette
conférence se poursuivait sur un tout autre thème, mais tout aussi
important pour le vignerons d’Anjou, celui de l’histoire du Cabernet
franc. Une histoire pas encore tout à fait éclaircie, et sur laquelle des
incertitudes planent encore, mais qui semblerait attester que le
Cabernet Franc est originaire de la zone du piémont Pyrénéen, et qu’il a
colonisé d’abord le sud-ouest de la France actuelle (Bordeaux
notamment) avant de migrer vers la Loire par le port de Nantes notamment
(d’où sont nom de « breton » en Anjou). Histoire aujourd’hui appuyée par
la génétique qui place en tête de liste des plus proches parents du
Cabernet Franc le Txakoli noir et le Morenoa, cépages très anciens du
Piémont basque et de Navarre.
La conférence suivante nous
confortait dans notre idée que le Cabernet franc est bien le roi des
cépages et que son avenir s’annonce radieux, notamment dans l’optique
d’une adaptation au réchauffement climatique. Et c’est un bordelais qui
en parlait le mieux, et pas n’importe qui : Pierre-Olivier Clouet,
directeur général de Château Cheval Blanc ! Ses mots allaient droit au
cœur de tous les amoureux de ce cépage, puisqu’il le considère
aujourd’hui comme l’un des plus grand cépages rouges, malgré son
caractère capricieux. Et soulignant sa fraîcheur comme un atout pour
les années à venir.
De fraîcheur nous reparlerons plus tard
mais toutes ces interventions nous avaient asséchées le gosier et il
était temps d’aller déguster ! À la Paulée, point question de tonneau et
de stand : la dégustation est libre, le but n’étant pas de promouvoir
tel ou tel domaine, telle ou telle appellation, mais l’ensemble des
membres du collectif dans un esprit de partage. Nous avons donc partagé
tous ces breuvages, d’Anjou, de Savennières, des Coteaux-du-Layon, de
Quarts-de-Chaume, de Saumur, de Bourgueil et de Saint-Nicolas. Et il
faut dire ici que le niveau était très élevé, et que nombre de ces
canons nous ont transportés !
Le déjeuner champêtre, préparé
par trois étoiles montantes de la gastronomie angevine (Romain Butet,
Florent Mounier et Charly Mabileau) et pris sous un soleil bienvenu,
nous permettait de recouvrir nos forces pour enchaîner sur l’étude de
fosses pédologiques creuser dans les pentes de l’Abbaye de Bourgueil
afin d’illustrer le propos d’un passionnant géoloque, Dominique Boutin,
qui nous expliquait ce qu’est un sol et comment il se forme et
s’entretient, ainsi que son importance pour la vie de la vigne.
Malheureusement la pluie ne nous laissait à ce moment précis pas de
répit et le retour au sec s’avérait être une bénédiction pour tous…
Nouvelles
conférences, toujours aussi passionnantes. En premier lieu, la
fraîcheur du Cabernet franc (nous y revenons). Parce qu’il y a fraîcheur
et fraîcheur, mon ami ! La fraîcheur qui rafraîchit, plutôt sur une
gamme d’arômes et notamment ceux tournant autour du menthol, et la
fraîcheur qui dessoiffe, plus en rapport avec une corpulence légère et
une fluidité. Et le Cabernet franc, miracle, peut jouer sur les deux
tableaux ! Ce qui en fait vraiment un cépage unique.
Enfin,
une ultime table ronde consacrée à la vie des sols, et animées par un
des chantres de l’importance du vivant, Patrick Baudouin, achevait la
journée en beauté, et ce malgré le caractère extrêmement technique du
sujet. En résumé, et comme le concluait Paul Pisani-Ferry en évoquant
son grand-père qui fut ministre de l’agriculture dans les années 1960,
si nous avons dû au sortir de la Guerre révolutionner l’agriculture
française dans son ensemble pour nourrir chacun et chacune, il est grand
temps de faire machine arrière toute et de revenir au principes
fondamentaux du vivant et de considérer les écosystèmes dans leur
ensemble afin de parvenir à des productions durables. L’agriculture, et
la viticulture qui en fait partie, ne doit pas s’opposer au vivant mais
s’y intégrer.
Après cette après-midi bien
remplie, il était temps de s’attabler et de festoyer ! Nous avons eu
l’honneur de partager notre dîner avec Xavier Courant du domaine de
l’Oubliée, qui nous a gratifié de quelques uns de ces beaux flacons,
mais nous avons également pu profiter des nombreux vins qui tournaient
de table en table pour accompagner et sublimer le magnifique repas
proposé par les trois chefs angevins. Le partage était décidément bien
la valeur cardinale de cette magnifique journée.