#La Paulée d’Anjou 2024

12 ÈME PAULÉE D’ANJOU

Cabernet, mon amour !


Comme chaque année depuis le début de l’aventure en 2012, les vignerons de la Paulée d’Anjou organisaient le 17 juin leurs rencontres annuelles : dégustations, ateliers thématiques, masterclass et conférences pour échanger et partager autour des différents terroirs de l’Anjou. Depuis deux ans, et grâce à notre amitié avec Armand de Tilly que nous remercions chaleureusement, nous sommes invités à y participer et c’est un grand honneur.
Initialement cantonnée aux terroirs de schistes de l’Anjou Noir, cette initiative s’est progressivement élargie aux terroirs de l’Anjou Blanc (Saumurois) en 2019, puis aux vignobles de Saint-Nicolas de Bourgueil et de Bourgueil en 2021. C’est d’ailleurs cette dernière qui accueillait cette année l’édition.
Bourgueil, en Anjou ? me direz-vous. Telle est la loi du terroir, la plus importante à nos yeux et aux yeux des vignerons et chercheurs. Ce thème était d’ailleurs celui de la première conférence à laquelle nous avons assisté et au cours de laquelle Martine Hubert-Pellier (historienne et géographe), cartes, tracés géologiques et textes historiques à l’appui, démontrait que Bourgueil et Saint-Nicolas de Bourgueil faisait bien partie de l’Anjou et notamment par rapport au lit de la Loire et à sa continuité géologique d’Angers à la confluence Loire/Vienne.
Cette conférence se poursuivait sur un tout autre thème, mais tout aussi important pour le vignerons d’Anjou, celui de l’histoire du Cabernet franc. Une histoire pas encore tout à fait éclaircie, et sur laquelle des incertitudes planent encore, mais qui semblerait attester que le Cabernet Franc est originaire de la zone du piémont Pyrénéen, et qu’il a colonisé d’abord le sud-ouest de la France actuelle (Bordeaux notamment) avant de migrer vers la Loire par le port de Nantes notamment (d’où sont nom de « breton » en Anjou). Histoire aujourd’hui appuyée par la génétique qui place en tête de liste des plus proches parents du Cabernet Franc le Txakoli noir et le Morenoa, cépages très anciens du Piémont basque et de Navarre.
La conférence suivante nous confortait dans notre idée que le Cabernet franc est bien le roi des cépages et que son avenir s’annonce radieux, notamment dans l’optique d’une adaptation au réchauffement climatique. Et c’est un bordelais qui en parlait le mieux, et pas n’importe qui : Pierre-Olivier Clouet, directeur général de Château Cheval Blanc ! Ses mots allaient droit au cœur de tous les amoureux de ce cépage, puisqu’il le considère aujourd’hui comme l’un des plus grand cépages rouges, malgré son caractère capricieux. Et soulignant sa fraîcheur comme un  atout pour les années à venir.
De fraîcheur nous reparlerons plus tard mais toutes ces interventions nous avaient asséchées le gosier et il était temps d’aller déguster ! À la Paulée, point question de tonneau et de stand : la dégustation est libre, le but n’étant pas de promouvoir tel ou tel domaine, telle ou telle appellation, mais l’ensemble des membres du collectif dans un esprit de partage. Nous avons donc partagé tous ces breuvages, d’Anjou, de Savennières, des Coteaux-du-Layon, de Quarts-de-Chaume, de Saumur, de Bourgueil et de Saint-Nicolas. Et il faut dire ici que le niveau était très élevé, et que nombre de ces canons nous ont transportés !
Le déjeuner champêtre, préparé par trois étoiles montantes de la gastronomie angevine (Romain Butet, Florent Mounier et Charly Mabileau) et pris sous un soleil bienvenu, nous permettait de recouvrir nos forces pour enchaîner sur l’étude de fosses pédologiques creuser dans les pentes de l’Abbaye de Bourgueil afin d’illustrer le propos d’un passionnant géoloque, Dominique Boutin, qui nous expliquait ce qu’est un sol et comment il se forme et s’entretient, ainsi que son importance pour la vie de la vigne. Malheureusement la pluie ne nous laissait à ce moment précis pas de répit et le retour au sec s’avérait être une bénédiction pour tous…
Nouvelles conférences, toujours aussi passionnantes. En premier lieu, la fraîcheur du Cabernet franc (nous y revenons). Parce qu’il y a fraîcheur et fraîcheur, mon ami ! La fraîcheur qui rafraîchit, plutôt sur une gamme d’arômes et notamment ceux tournant autour du menthol, et la fraîcheur qui dessoiffe, plus en rapport avec une corpulence légère et une fluidité. Et le Cabernet franc, miracle, peut jouer sur les deux tableaux ! Ce qui en fait vraiment un cépage unique.
Enfin, une ultime table ronde consacrée à la vie des sols, et animées par un des chantres de l’importance du vivant, Patrick Baudouin, achevait la journée en beauté, et ce malgré le caractère extrêmement technique du sujet. En résumé, et comme le concluait Paul Pisani-Ferry en évoquant son grand-père qui fut ministre de l’agriculture dans les années 1960, si nous avons dû au sortir de la Guerre révolutionner l’agriculture française dans son ensemble pour nourrir chacun et chacune, il est grand temps de faire machine arrière toute et de revenir au principes fondamentaux du vivant et de considérer les écosystèmes dans leur ensemble afin de parvenir à des productions durables. L’agriculture, et la viticulture qui en fait partie, ne doit pas s’opposer au vivant mais s’y intégrer.

Après cette après-midi bien remplie, il était temps de s’attabler et de festoyer ! Nous avons eu l’honneur de partager notre dîner avec Xavier Courant du domaine de l’Oubliée, qui nous a gratifié de quelques uns de ces beaux flacons, mais nous avons également pu profiter des nombreux vins qui tournaient de table en table pour accompagner et sublimer le magnifique repas proposé par les trois chefs angevins. Le partage était décidément bien la valeur cardinale de cette magnifique journée.